Un couple dans la tourmente de la dépendance sexuelle

Par Aurélia et Kérouan

Kérouan :

Je lisais récemment : « Toute personne privée d’une relation d’amour avec son créateur éprouve un vide qu’il cherche à combler par toutes sortes de choses répréhensibles ou non. »

Pour moi, ce besoin d’être aimé, d’être apprécié pour ce que j’étais, a été peut être encore plus grand à cause d’une enfance meurtrie par le manque d’affection d’un père, son manque d’intérêt envers moi, ses remarques blessantes.

En effet, devant un père militaire, chasseur alpin, parachutiste, commando, ex-combattant de la guerre d’Algérie, courageux, sportif accompli et bel homme, un père que j’admirais tant, forcément, comment aurait-il pu en être autrement, je me trouvais, moi, un enfant chétif portant des lunettes, les oreilles décollées, les dents en avant à force d’avoir sucé son pouce …

Quel contraste …

J’aurais tant voulu qu’il soit fier de moi comme je l’étais de lui, mais il ne me renvoyait dans son regard et ses réactions, que mépris et déception de ne pas être le garçon qu’il aurait souhaité avoir.

Et puis un jour mon père part, après avoir trompé de nombreuses fois ma mère. Il quitte le foyer pour une autre femme beaucoup plus jeune. Il part pour ne plus revenir. Je ne voulais pas le croire, j’ai longtemps espéré que tout allait s’arranger comme dans un film avec un happy end. Mais voilà, nous ne mettons plus que quatre assiettes sur la table, un véritable coup de poignard dans le cœur d’un enfant, j’avais 12 ans, à l’âge où on a besoin de s’identifier à son père et d’être approuvé par lui. Il restait : mes deux sœurs de 13 ans et 8 ans, ma mère, et moi, le seul garçon.

Une déficience relationnelle est alors apparue, il me semblait impossible de communiquer avec mes sœurs et ma mère sans risquer un conflit ouvert à cause de nos différences de point de vue. Nos manières d’aborder les choses étaient tellement différentes, avec un grand besoin de jeune garçon de 12 ans de s’affirmer devant ses camarades, je ne trouvais aucun appui ni compréhension à la maison, j’étais du sexe opposé, et elles ne pouvaient pas comprendre ce que je ressentais …

Pré-adolescent peu après le départ de mon père, un voisin me montrait pour la première fois dans sa cave, un film que ses parents possédaient. C’était mon premier contact avec la pornographie. Les conséquences ont été véritablement désastreuses, un véritable ravage. Mon âme est alors marquée au fer rouge par ces images mensongères, dans ces jeux de rôle où la femme participe et adhère entièrement à la domination de l’homme sur elle.

Dorénavant je ne comprendrais plus ce que sont des relations saines entre un homme et sa femme, une relation unique, dans la fidélité.

Si on mêle ce que j’avais vu de la femme exploitée par les hommes, mais désireuses de l’être dans ces films, avec d’un autre côté, un jeune garçon timide, avec un tel besoin d’acceptation, et un besoin de combler un manque affectif, vous obtiendrez ce qu’on appelle une prédisposition à trouver un refuge dans la pornographie. J’étais donc une proie facile : l’hameçon a pris immédiatement. Ces femmes en effet, semblaient pouvoir m’offrir ce qui me manquait : une acceptation inconditionnelle. Ces femmes devenaient mon réconfort, mon évasion pour supporter une douleur alors étouffée.

J’aurais aimé ne jamais avoir vu ce film, et je me souviens en avoir voulu à cet ami à cause de ma conscience qui me travaillait. Je ne pouvais en parler à personne, j’avais dû le lui promettre. De plus, mon père était parti et je n’osais pas en parler à ma mère : qu’aurait-elle pensé de moi qui avait découvert la femme comme cela ? J’avais terriblement honte lorsque j’y pensais.

J’étais détruit, piégé par ce qui allait sans le savoir devenir ce faux refuge, et le terrain entre un véritable combat entre ma conscience et mes pulsions. Je venais d’avoir 14 ans.

Plus tard, à l’âge de jeune adulte, j’essayais de trouver un équilibre normal, par la recherche d’une vie spirituelle, remplir ce vide autrement, mais d’un autre côté je restais toujours piégé par les prostituées et les filles de bar dont je devenais quelquefois l’amant.

C’est dans ce contexte que j’ai connu Aurélia qui voyait uniquement en moi un jeune homme blessé par la séparation de ses parents, sans se douter de ce qui se cachait derrière cette façade de jeune homme timide, poli et bien élevé. Moi, je voyais en elle une jeune fille si belle, et si pure !

Aurélia avait été touchée par Dieu de manière plus profonde que moi et par obéissance à Dieu elle s’était gardée pour son mari.

Quel fossé nous séparait donc déjà.

Je voulais ignorer ce fossé, mettant tout mon espoir dans cette relation. Certainement que cette relation me transformerait. Je souhaitais alors être ce prince charmant qu’elle cherchait dans ses rêves de jeune fille.

Je n’ai donc rien avoué à Aurélia concernant mes problèmes de dépendance : j’en avais tellement honte, et qu’aurait-elle pensé de moi ?

Je pensais : « cela fait partie du passé » et puis maintenant que j’étais avec elle, et qu’elle m’aimait, tout devait s’arranger…

Malheureusement j’ai chuté pendant nos fiançailles en regardant une fois un film pornographique. C’était trois mois avant notre mariage et je l’ai avoué à Aurélia. C’était la seule chute que j’avais faite, et je voulais le lui dire. Aurélia était catastrophée mais a tout de même souhaité me pardonner.

Plus tard une autre difficulté allait survenir : je me fâchais avec ma future belle-mère qui me suggérait de me réconcilier avec mon père. Impossible ! Comment pouvait-elle me demander cela ! Devant son insistance j’ai réagi très fort, trop fort, devant une personne qui souhaitait que je rétablisse une relation normale avec son père … Ma belle-mère et Aurélia sont restées interdites devant mon emportement. Je ne pouvais pas maîtriser mes émotions, au détriment de mes relations avec ma fiancée et ma future belle-mère.

J’étais comme un animal blessé : on venait d’appuyer fortement sur ma blessure, et j’ai alors mordu, blessé mon entourage…

Les temps avant le mariage comme après n’ont été que douleur pour chacun à cause de mon déséquilibre émotionnel.

Notre mariage a donc très mal commencé. Les beaux-parents contre moi, regrettant ce mariage avec leur fille, Aurélia ne pouvant prendre parti pour moi à cause de mes réactions violentes, et ces réactions empirant du fait qu’Aurélia ne pouvait prendre ma défense.

C’était pourtant mes blessures non guéries qui étaient la cause de tous ces troubles.

Pourtant, je pensais avoir entièrement raison. Piégé, incompris, une violence inouïe s’empara alors de moi, une violence que je ne me connaissais pas …

Je défonçais les portes, cassait la vaisselle, je roulais à tombeau ouvert, allant même jusqu’à brûler des feux rouges.

Un jour, alors que j’étais dans une rage indescriptible, je me cassais même le pied en shootant violement dans un banc…

Aurélia passait ses journées à réviser ses cours à l’extérieur pour ne plus être confrontée à ma violence.

Malgré notre attachement l’un pour l’autre, le couple ne pouvait pas se construire. J’étais devenu un homme rempli de colère : je m’emportais à chaque fois que les choses n’allaient pas dans mon sens.

De plus, j’en viens à penser que ma femme n’est pas normale sur le plan sexuel. Je retombe dans la pornographie, des recherches de rencontre aussi.

… je deviens pire que mon père ….

Un jour alors que je lisais la Bible, Dieu me parle en lisant le livre de l’Apocalypse : le sang de l’Agneau sans tâche a coulé pour moi ! Le poids de mes péchés est ôté, je suis sauvé. Je témoigne immédiatement à la sortie du train avec une personne qui prend le train avec moi depuis des années. Je lui partage que Jésus est mort pour lui aussi et qu’il lui suffisait de le croire ! Je ne l’ai pas lâché jusqu’à ce que nous soyons sortis de la gare d’arrivée et que chacun de nous prenne son chemin habituel.

Mes problèmes ne sont pas réglés pour autant…

Je prie avec un responsable spirituel à chaque nouvelle chute.

Ce responsable se place de mon côté et aimerait que le miracle se produise avec lui…

Malheureusement, il ne sait pas à quel point il y a urgence à chercher de l’aide ailleurs avant que cela ne devienne plus grave. Les signes sont pourtant là…

Et puis je trompe Aurélia. Je suis terrassé ! Comment ai-je pu faire ça ! Sauf que je ne pense pas à ce moment comment ai-je pu lui faire ça ? Je n’ai pas conscience de l’autre, je vis dans ma propre bulle. Tout tourne autour de moi.

J’ai envie d’en finir avec la vie, non pas à cause du mal que j’ai fait à Aurélia mais parce que je me sens nul. Je me déçois, moi-même.

À ce moment-là, je suis seulement blessé dans mon orgueil parce que je n’ai pas réussi à lui être fidèle…

C’est alors le seul « fruit » que produira cet échec …

Le responsable pense alors que c’est préférable de ne rien dire à Aurélia. Je me range assez vite à son avis : cela m’arrange bien.

Je pense avoir compris maintenant. Je ne recommencerai plus.

Il n’en sera rien.

Dans l’ombre, les chutes se répètent. En effet, une douleur de plus, une frustration émotionnelle supplémentaire me faisait immanquablement replonger. J’avais sans cesse le besoin d’apaiser ces douleurs par des plaisirs immédiats. J’étais pris dans le cycle de la dépendance.

A chaque nouvelle chute, je pense que c’est la dernière, je les confesse au responsable. Mais rien ne change. D’autres trahisons…d’autres infidélités.

Je mens pour couvrir mes retards, mes longues absences, sans m’en apercevoir véritablement, je mène une double vie.

Le responsable me laisse pourtant la charge de la louange…

 

Un jour Aurélia apprend la vérité sur mes dix dernières années de trahison.

Ma relation exclusive avec le responsable dure depuis 10 années déjà, et suite à ces dernières révélations, il continue à me soutenir, sans jamais proposer d’aide à Aurélia.

Durant encore 6 années, Aurélia ne reçois aucune aide…

Aurélia n’en peut plus, nous finissons par quitter cette église.

Aurélia cherche à fuir ce responsable trop complaisant.

De mon côté je me disais alors qu’il n’y avait plus d’espoir pour ma vie spirituelle : en effet, le responsable était devenu mon gourou et en quittant cette église, mon sentiment était que je serai spirituellement définitivement perdu.

C’est donc à reculons que j’intégrais avec Aurélia notre nouvelle église, qui est encore la nôtre aujourd’hui.

Nouvelle trahison très grave : pendant l’absence d’Aurélia : j’ai été jusqu’à faire rentrer un couple libertin à la maison alors qu’elle était partie rechercher les enfants qui étaient en vacances chez son frère dans le sud de la France.

Notre couple est maintenant au bord de la rupture.

Les anciens nous conseillent d’aller voir un psychologue. Mais mes aprioris évangéliques dictés également par mon ancien responsable me rendent hostile à cette démarche. J’accepte tout de même d’y aller. Je dois dire que je n’avais plus le choix !

Aurélia de son côté s’y rend dans le but de me comprendre et d’envisager éventuellement une séparation plus facile.

Les moments passés avec ce psychologue se révélèrent très bénéfiques.

J’attends avec impatience d’y retourner chaque quinzaine, mais je suis toujours à côté de mes pompes, avec l’impossibilité de comprendre réellement la situation.

Aurélia sent bien que ma manière de voir les choses ne change pas.

A la maison la tension est à son paroxysme. Aurélia me fait remarquer un soir à table que notre deuxième enfant, mon premier fils vient juste d’avoir 12 ans, le même âge que j’avais lorsque mon père nous a quittés. Mon fils aîné pleure, je le regarde avec effroi, voyant que je le rends malheureux par ma conduite, ainsi que toute ma famille : je n’avais pas fait le rapprochement avec mon père…

 

Aurélia et moi faisons chambre à part. J’estime ne pas mériter ça. Je pense alors que je ramène tout de même l’argent à la maison et que de ce fait, c’est bien moi qui la nourris…

Aurélia se refusera donc à moi à compter de ce jour.

J’accepte ma responsabilité sur si peu de chose que ç’en est pitoyable. Je fais constamment des vas et vient sur mes responsabilités. Tantôt j’accepte, tantôt je n’accepte plus, me trouvant des excuses, allant même jusqu’à mettre la faute sur Aurélia…

Aurélia ne supportant plus la situation me faisait entrevoir la fin de notre couple.

Malgré les évidences de la situation catastrophique, je ne pouvais accepter l’idée que cela finisse un jour, mais je refusais tout de même la communication et fuyais les discutions relatives à mes problèmes et par rapport à ce qu’ils généraient sur la famille. J’étais encore à ce moment-là, complètement aveuglé sur l’ampleur et la gravité de mon état.

Je me mettais même très fortement en colère à chaque fois qu’Aurélia abordait ce sujet. J’étais dans un déni total !

Il me fallait maintenant choisir entre ma dépendance et les personnes dont j’étais aimé.

Mais je ne ressentais pas l’amour de mes proches, j’y étais insensible. Je comprendrais plus tard que mon cœur s’était fermé à double tour lorsque j’avais 12 ans.

Et puis, au fil des années par mes mauvais choix, mon cœur s’était endurci, j’étais incapable de donner ou de recevoir de l’amour.

Aurélia trouve un camp TDV à Viviers, J’accepte d’y aller mais je pose mes conditions à Aurélia avant de m’y rendre : dormir dans la même chambre qu’elle…

Je n’ai décidément vraiment pas compris le mal que j’ai fait à Aurélia et que je n’ai à ce moment-là plus aucun droit dans mon couple. Après mes insistances, Aurélia accepta tout de même à contre cœur.

De mon côté, je m’y rendais sans envie, sans motivation, je souhaitais que les choses s’arrangent, sans m’investir, sans accepter que je puisse être ne serait-ce qu’un peu responsable de la situation dans laquelle nous étions. Je ne voulais plus d’autre aide extérieure : après tout, n’en avais-je pas déjà assez fait, pensais-je ?

J’aurais voulu faire demi-tour dans ce train qui m’amenait à Viviers.… En effet, Aurélia et moi n’y étions pas allés ensemble, Aurélia m’attendais là-bas, elle était venue me chercher à la gare. Je crois que nous ne nous ne sommes même pas fait la bise quand je suis arrivé. Nous étions alors comme deux étrangers.

Première réunion : je ne supporte pas les chants, nous répétons sans cesse les mêmes phrases, les mêmes mots, les gens expriment leur joie, mais moi, je suis au plus mal.

Les enseignements s’enchaînent puis les petits groupes où tout le monde semble avoir des problèmes dérisoires par rapport aux miens : je me sens être la brebis galeuse du petit groupe, et pourtant les gens sont d’une extrême gentillesse, d’une extrême compassion. Il règne dans ce petit groupe une affection et une absence totale de jugement : je peux alors confier l’ensemble de mon mal être, mon enfance piétinée, un père qui quitte la famille. Je pleure comme un petit garçon l’absence d’amour de mon père, je l’apporte à la croix, aux pieds de Jésus. Là, premier miracle : Jésus ouvre mon cœur. Jésus opère ce miracle, mon cœur s’ouvre, mes yeux s’ouvrent également.

Je vois maintenant ce que j’ai fait vivre à Aurélia. Je ne suis plus centré sur moi, je suis rempli de compassion pour elle et regrette amèrement tout le mal que je lui ai causé.

Je lui demande pardon et encore pardon …

J’accepte alors qu’elle ne veuille plus de moi, même si je continue à espérer qu’elle me pardonne mes 20 ans de trahison.

Trois jours passent, je suis complètement transformé : plus de trace de ce déni que je cultivais pour défendre mon image. Mais quelle image pouvais-je encore défendre ?

En 3 jours, Dieu m’a complétement transformé.

Je pouvais alors voir les choses comme elles étaient réellement.

Les souffrances que j’avais infligées à Aurélia, ce que je lui avais fait endurer, ce qu’elle continuait à endurer, son cœur blessé, meurtri par ma faute.

Aurélia qui a toujours voulu me pardonner, mais sans aucun changement de ma part, elle ne pouvait continuer à vivre à mes côtés.

Je lui demande pardon et encore pardon, sans attendre qu’elle me l’offre, mais uniquement parce que je me rends compte de tout le mal que je lui ai fait.

Un autre miracle se produit alors : Aurélia consent à me pardonner. Elle souhaite même que nous nous réengagions l’un envers l’autre, avec des vœux nouveaux. Ce nouvel réengagement a lieu à Viviers pendant le moment des témoignages, entourés de nos frères et sœurs qui nous ont accompagnés pendant la semaine.

… Mais surtout entourés de notre Père céleste qui avait tout prévu : la coiffeuse qui a monté les cheveux d’Aurélia pour former un chignon dans lequel sont venus se loger des fleurs de printemps, le voile blanc de la fiancée, une photographe de renom, une chanteuse pour le moment de louange et même des cadeaux.

Le soir, à la veille de la fin du séminaire, un banquet était dressé avec des nappes blanches, des bougies, des fleurs. Tout le monde prétendait qu’il s’agissait de notre banquet de noce. La joie était tout autour de nous, nos amis ont formé une ronde joyeuse, sautant et dansant de joie !

Le pasteur de TDV nous lit dans cantiques des cantiques 2 : 11 à 12 ce passage

« Car voici, l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée, les fleurs paraissent sur la terre, le temps de chanter est arrivé, et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes. »

J’ai pu bénéficier à TDV d’un accompagnement avec l’amour et l’absence de jugement et la compréhension sur le phénomène de la dépendance. J’ai pu découvrir, après avoir déposé mes fardeaux, comment répondre de manière adéquate à mes souffrances par le partage plus profond avec Aurélia et par une ouverture grandissante avec les autres. Aujourd’hui j’apprends à reconnaître les situations qui me fragilisent, ce qui me permet de faire le choix de m’approcher sans tarder de Jésus, même dans mes besoins les plus petits, insignifiants peut-être pour d’autres.

Ce processus installe pas à pas une guérison définitive et une libération complète.

J’ai appris aujourd’hui que si Dieu m’avait délivré de manière instantanée, je serais alors non seulement démuni pour mener le bon combat : être veilleur, persévérant dans ma relation avec Jésus qui sauve et délivre avec puissance, mais qu’en plus je ne chercherais pas à m’approcher de Lui en tout temps.

Jésus désire cette relation avec moi.

Je découvre également aujourd’hui combien le plaisir que me procurait la dépendance ne mérite pas d’être comparé aux bienfaits de Dieu.

Dieu, en effet, m’a fait goûter à l’excellence de la relation conjugale dans l’intimité avec Aurélia que je n’aurais pu imaginer avant. A un tel point que j’ai pu effleurer le réel plan de Dieu pour l’homme et la femme, avec Lui, le créateur au centre de cette union.

Donc, et je souhaite le souligner : une jouissance bien plus supérieure à ce que j’avais expérimenté avant, lorsque je me complaisais dans mes anciens péchés.

Ces moments de bonheur partagés en harmonie avec ma femme, moi et le Créateur deviennent alors ce ciment qui nous unis de manière unique, selon le plan que Dieu a prévu pour nous.

Ce que Dieu a fait pour moi, pour nous, pour notre famille est le résultat uniquement de l’action de sa miséricorde et de sa grâce.

Aujourd’hui, chaque jour, je peux dire : Seigneur, si tu n’avais pas fait ce miracle, ces miracles, je n’aurais jamais pu changer.

Jésus, dans son immense bonté m’a délivré de mes chaînes dans lesquelles j’étais empêtré.

J’ai suivi encore pendant deux années TDV en tant que participant pour m’aider à continuer le chemin sur lequel je me trouve maintenant.

Aujourd’hui, je suis engagé à TDV pour aider des personnes qui seraient en proie aux mêmes difficultés que moi, et qui pourraient douter de la puissance de Dieu dans leur vie.

Je connais les difficultés par lesquels les dépendants peuvent passer, avec leurs incapacités à changer par eux-mêmes.

Je sais que le chemin peut paraître long comme voudrait le faire croire notre ennemi pour que nous hésitions à nous y engager…

Mais à la fin il y a la victoire et l’assurance que Jésus est avec nous et qu’il nous réserve une place près de lui.

Un DIEU qui viendra aussi à votre rencontre, dans les profondeurs de votre âme …

Je voudrais simplement terminer par cette prière :

Jésus, tu n’as pas seulement rafistolé notre couple, notre famille, mais tu l’as renouvelée, et je marche aujourd’hui sur un nouveau chemin, le Tien, celui qui mène à Toi !

Merci Jésus

Aurélia :

Dès la première année de notre mariage, je commençais à réaliser que Kérouan avait des combats avec la pureté. Les annonces passées, les retards inexpliqués, les fuites me renseignaient suffisamment malgré les mensonges. Je pressentais que notre alliance était brisée, j’avais d’ailleurs enlevé les photos de notre mariage, vendue ma robe de mariée et jeté les lettres de fiançailles. A plusieurs reprises j’ai parlé de mes doutes au responsable spirituel, sans suite.

Je saisissais, en outre, que je ne parvenais pas à atteindre le vrai Kérouan, qu’il m’échappait à travers ses drôleries, qu’il était incapable de formuler ses troubles profonds. Une fois qu’il avait quitté la maison, il errait, hagard, en ville, pendant des heures, guettant l’opportunité d’aborder une femme ou un couple : il avait oublié qu’il était marié.

Quand j’ai tenu la preuve de la trahison, dix après notre mariage, et que j’ai su que celle-ci avait eu lieu depuis que notre couple existait, j’ai continué à m’accrocher à mon infortune comme on s’accroche à sa galère. J’avais été conditionnée à tout accepter et à fournir les efforts à ma portée pour qu’un jour lointain cette galère aille atteindre d’autres rivages plus cléments où l’amour pourrait enfin exister.

En effet, j’étais co-dépendante, c’est-à-dire que j’attendais désespérément l’affection d’un homme incapable d’en donner. Quand j’avais rencontré Kérouan j’avais décelé en lui une fragilité qui allait me rendre utile à ses yeux. Car il y avait cette pensée en moi, qu’il ne pourrait pas m’aimer à cause de ce que j’étais mais à cause de ce que je ferais pour lui. Or, rien ne libère un co-dépendant : il est enchaîné à sa galère, il fait corps avec elle, il s’y accroche coûte que coûte car c’est elle qui le fait vivre…

Aussi, ce besoin d’affection justifiait tout : même si le pire existait.

Je réalisais que Kérouan n’entreprenait rien pour sortir de cette dépendance : sa passivité était désarmante.

J’avais même appris vers la fin, que Kérouan se rapprochait d’une collègue de travail pour refaire éventuellement sa vie : rien ne changeait pour moi.

J’ai accepté que Kérouan me dise : que ce n’est pas si grave de toute façon ; que le péché sexuel était un péché comme un autre et que je faisais beaucoup d’histoire pour pas grand-chose : le piège affectif était supérieur à la raison.

Je tremblais dès que Kérouan, sortait de la maison dès qu’il avait du retard. Toute mon énergie se focalisait sur ses retards inexpliqués, sur ses absences. J’étais dans une attente désespérée qu’un jour, une situation, quelque chose allait créer un déclic. J’étais tellement obsédée par le problème qu’il me dévorait le cerveau. Et puis, que faire ? Je venais de mettre au monde notre dernier enfant qui venait d’avoir trois mois, le second avait un an et demi et l’ainé avait trois ans. Ne fallait pas croire au-delà de toute espérance ?

 

Or les terribles révélations me hantaient. A chaque fois, je croyais toucher le fond, mais à chaque fois, j’étais terrassée par de nouveaux aveux plus terribles que les précédents. Aussi rien de ce que j’avais prévu et espéré ne sera jamais : le rêve était mort et jamais ne reprendra vie. Et rien ne meurt plus douloureusement qu’un rêve…

Un jour, un médecin m’a fait réaliser qu’il fallait que je fasse le test HIV. Et moi, pendant toutes ces années j’avais enfanté trois enfants ! J’avais peut être en leur donnant la vie aussi transmis la mort ! En sortant de la consultation je longeais les murs pour que leur verticalité impassible m’aide à tenir debout. Ce jour-là, j’ai oublié le frein à main de la voiture qui a dévalé la pente et s’est emboutie dans la descente de garage. Les enfants étaient à l’intérieur. Le radiateur de la voiture pleurait à chaudes larmes.

Le responsable m’a fait comprendre que je devais me taire. (Voir le témoignage Aurélia et l’abus spirituel) Aussi, je n’ai pas saisi ma dernière chance de parler à ma chère maman qui venait d’être diagnostiquée malade Alzheimer. Je n’ai rien dit à mes frères et sœurs qui aujourd’hui encore ne savent rien. Seules quelques sœurs de l’église ont su, au compte-goutte, car une terrible culpabilité pesait sur moi quand je laissais échapper mon mal être. Dans un contexte chrétien n’est-il pas indécent de parler de telles choses ? Et puis n’est-il pas plus coupable, celui qui est porteur de si terribles nouvelles que celui qui les fait ? Autrefois on les exécutait ! Et pourtant dire, était vital pour moi : Il me semblait que si les gens restaient debout après mon récit, c’est que je pouvais encore supporter ce que je vivais.

Kérouan, à l’instar du responsable, m’imposait par son attitude une sorte de tyrannie du silence qui consistait à interdire toute discussion des problèmes existants et qui empêche toute expression des sentiments. En effet, la communication sincère n’était plus possible sans entraîner des réactions violentes. Ainsi, lorsque je proposais à mon mari de consulter un psychologue je pouvais m’attendre à un ouragan. Une distance affective s’instaure alors : on dissimule ses sentiments, on se sent forcé de les neutraliser. Très vite, j’ai appris que mes sentiments ne comptent pas, qu’ils ne sont pas ce qu’ils devraient être. Et, puisque personne ne leur prête attention on cesse soi-même d’en tenir compte.

En 2011 pour la première fois à TDV j’ai eu l’occasion de dire, sans me sentir culpabilisée de dire. J’ai pu nommer ma souffrance mettre un doigt sur elle, j’ai pu la laisser couler. Dans ce petit groupe où les équipiers ne cherchaient pas à interpréter nos pensées où notre vécu à notre insu, il y avait un respect extraordinaire de la personne. Dans cette écoute, il y avait aussi tout l’accueil, toute la réceptivité du Père. J’ai vécu comme un privilège, comme un merveilleux cadeau, ce droit de dire.

De son côté mon mari a fait une démarche inespérée, et en quelques jours seulement, comme il le partage plus haut. Mais ce n’est pas mon pardon qui a libéré mon mari, comme on me la faussement fait croire, et avec lequel on m’a largement culpabilisée, (que pouvais-je lui pardonner d’ailleurs si la responsabilité de ses actes m’était largement imputée ?) Au contraire c’est sa démarche honnête devant Dieu : il a reconnu la vérité telle qu’elle était et la vérité l’a rendu libre. Car se faisant il a rencontré Jésus. Jean 8 : 32 « vous connaitrez la vérité et la vérité vous rendra libres ». Pour la première fois, Kérouan ne me tenait plus responsable de ses actes, alors le pardon allait de soi, il coulait en moi comme le sang de Jésus coulait de la croix.

Alors bien sûr c’était la fête, mais une fête comme elles existent rarement sur terre. Le ciel était venu rejoindre la terre. Les anges avaient déployées leurs ailes blanches pour nous bénir. Il avait bien sûr ce passage de Proverbe, merveilleusement inspiré et choisi par le pasteur de TDV qui nous prouvait qu’une saison nouvelle pouvait enfin prendre place. Cantique 2 : 11 « Car voici l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée. Les fleurs paraissent sur la terre, le temps de chanter est arrivé ». Nous l’avons fait graver dans nos nouvelles alliances. Les papillons voletaient, symboles de métamorphose : Ephésiens 4 : 22-24. La présence du ciel, la joie du ciel tout entier était tangible à travers cette liesse. Les rondes et les danses faisaient d’interminables lacets dans cette grande salle inondée de lumière. C’était l’allégresse de tous ces enfants à qui Dieu avait rendu l’innocence et la pureté. Une chose démesurée, prodigieuse et inouïe venait de se produire : l’homme qui était mort et perdu était revenu à la Vie !

Bien sûr, il nous a fallu du temps pour recoller les morceaux d’une relation détériorée. Mais je dois vraiment rendre grâce à celui que je pouvais à nouveau appeler mon mari, d’avoir accepté de m’écouter. Cela a vraiment contribué à la guérison de mes sentiments. Le fait de m’avoir m’accordé des moments, les plus précieux de toute notre vie de couple, nous a permis de nous parler de cœur à cœur. Le mur de séparation entre nous s’est alors écroulé. Je suis étonnée de voir aujourd’hui que nous parlons le même langage : les mêmes choses immorales qu’il enjolivait autrefois, aujourd’hui le font réagir. Je lui suis vraiment reconnaissante également d’avoir accepté sa part de responsabilité sur ce qui a été détruit et d’accepter encore aujourd’hui de me permettre de raconter notre histoire si peu glorieuse. Il a contribué largement à ma guérison, et je lui dois une fière chandelle car ce n’était pas facile pour lui, comme il me l’a exprimé en ces termes, « d’être mon ami après avoir été mon bourreau. » Aujourd’hui Kérouan, dans le cadre de TDV où il s’est engagé comme équipier, témoigne courageusement de tout ce qu’il a vécu pour aider d’autres, et se montre réceptif à ceux qui passent par les mêmes souffrances. Il s’est excusé auprès de nos enfants des répercussions que ses manquements ont eues sur leurs jeunes vies. Lui qui était trop permissif et ne parvenait pas à imposer des limites, qu’il n’avait pas lui-même, se montre aujourd’hui plus présent et attentif dans l’éducation des enfants. Il agit comme un homme responsable, comme un homme debout !

Je conserve précieusement dans mon cœur une image, la plus précieuse de toutes : celle où le pasteur de TDV a placé la grande croix de TDV entre nous. Cette croix de la réconciliation où Jésus avait payé pour tout mal. Elle nous reliait l’un à l’autre par ses grands bras transversaux. Jésus nous encourageait désormais à nous aimer l’un l’autre comme Il nous avait aimés. De même, serrés l’un et l’autre contre le poteau vertical qui pointait le ciel, cette croix nous reliait également au Père. Nous essayons l’un et l’autre ne plus perdre le contact avec cette croix qui a tout résolu pour nous.

Gloire soit rendue à Jésus, qui sur cette croix a fait couler son sang pour que nous ayons accès à la guérison mais aussi au pardon de son Père. Gloire soit rendue à Dieu qui par la puissance de son amour nous a délivrés. Que nos genoux se prosternent et adorent jusqu’à notre dernier souffle, Celui qui est digne de Louange et de Gloire pour l’Eternité !