Guérir de la honte et de la haine de soi (Toni Dolfo-Smith)

« La honte défie toute explication simpliste : c’est une oppression vague, mais néanmoins persistante qui pèse sur nos esprits et nous empêche d’expérimenter la joie. La honte est une émotion omniprésente qui affecte toutes nos conceptions sur nous et sur le reste du monde. Cependant, la honte n’est pas toujours négative : on peut ressentir une honte légitime… »

La honte défie toute explication simpliste : c’est une oppression vague, mais néanmoins persistante qui pèse sur nos esprits et nous empêche d’expérimenter la joie. La honte est une émotion omniprésente qui affecte toutes nos conceptions sur nous et sur le reste du monde. Cependant, la honte n’est pas toujours négative : on peut ressentir une honte légitime.

La honte légitime, sans être un sentiment agréable, peut être bonne pour nous. Un sentiment légitime de honte indique probablement que nous ne vivons pas en accord avec la volonté de Dieu. Nous avons été tous créés à l’image de notre Créateur et donc avec ce désir envers Lui et pour être celui qu’Il a prévu que nous sommes. Beaucoup d’entre nous éprouvons de la honte quand notre conscience est stimulée et quand le Saint Esprit nous convainc de péché et d’injustice. Pendant ces moments-là, la honte que nous ressentons est d’abord la conséquence du fait que nous ne vivons pas selon la vérité, de la volonté de Dieu pour l’humanité. Dieu nous invite à nous aligner sur cette volonté. La honte légitime est toujours fondée sur la réalité : elle nous permet de ressentir la douleur de l’échec, d’acquérir la vertu d’entrer dans un processus et d’être reconduit de nouveau vers le Père.

J’ai récemment été confronté à cette honte légitime. Une conversation avec mon épouse a tourné au vinaigre : je lui ai révélé mes sentiments concernant une zone sensible de ma vie. Plus je lui expliquais, moins elle semblait comprendre et plus nous devenions agressifs l’un envers l’autre. J’ai commencé à lui dire des choses vraiment méchantes. Mon moi brisé, qui cherche à se justifier continuait à revendiquer son droit à se défendre si énergiquement : après tout, c’était moi qui étais incompris !

Le Saint Esprit (et ma conscience) commençait à me révéler mon péché. J’ai ressenti la honte m’envahir et j’ai réalisé combien j’avais été méchant et cruel. Alors que cette première vague de honte et d’indignité aurait pu m’empêcher de restaurer la relation avec mon épouse, je me suis rendu compte que ma honte se fondait sur la réalité. J’avais déshonoré mon épouse et je lui avais dit des choses horribles sous la colère et par frustration. La honte m’a poussé à la repentance, à chercher le pardon et la restauration de ma relation avec mon épouse. Cela m’a fourni l’occasion de choisir encore une fois de marcher dans cette réalité : je suis un enfant de Dieu racheté. L’expérience de cette honte légitime m’a permis de comprendre ce qu’était la mauvaise honte.

Les recherches sur ce thème indiquent que ceux qui luttent avec une mauvaise honte vivent à partir du faux moi. Une personnalité créée et inventée à partir de mauvais concepts installés en nous par d’autres. Ces concepts ont trois origines. D’abord la culture actuelle, qui veut que nous croyions que la vie devrait être vécue comme on nous la dépeint dans les films et les médias. Ensuite par la religion, qui affirme que nous ne devrions jamais avoir besoin d’aide ou faire d’erreurs. Enfin, le système familial, qui n’arrive pas à affirmer un enfant en pleine croissance et qui exige que l’enfant soit une personne qu’il ou elle n’est pas.

Ma propre histoire reflète ces principes. J’étais un « gentil petit garçon » élevé dans une famille chrétienne, qui a invité Jésus dans son cœur à l’âge de cinq ans. Un « gentil petit garçon » qui rendait témoignage avec hardiesse à l’adolescence. Un « gentil petit garçon » qui s’est caché derrière le masque d’un homme vivant une vie chrétienne victorieuse. D’aussi loin que mes souvenirs remontent, ce « gentil petit garçon » croyait qu’il y avait quelque chose de défectueux en lui. J’ai donc travaillé dur pour inventer et présenter une personne en public qui était différente de la personne que j’étais en réalité.

J’ai été élevé dans un foyer où il y avait peu de place pour l’expression de nos véritables sentiments. J’ai donc grandi en faisant comme si tout allait bien, tout en commençant à croire que les personnes qui m’entouraient ne se souciaient vraiment de ce que je ressentais. Je n’osais jamais exprimer ouvertement tout ce qui se passait dans mon cœur. Je ne disais que les choses me concernant qui ne risquaient pas d’incommoder mon entourage. Je pensais que mes opinions et mes idées devaient toujours être le reflet de ce que les autres voulaient entendre. J’ai donc appris à analyser les situations et les réactions de ces personnes afin d’adapter mes réponses en fonction des leurs attentes.

Le fait que je sois métis s’est combiné à cet état de fait. Je suis issu de l’union entre une mère blanche et un père lui aussi métis. J’ai grandi en Afrique du Sud, terre de division raciale. Très tôt, j’ai donc intériorisé l’idée que ma couleur de peau n’était pas la bonne et que quelque chose n’allait pas avec moi. J’étais quelqu’un d’anormal. A cela s’ajoutait l’absence d’une forte présence masculine à la maison, qui me conduisait à désirer l’affection et l’affirmation d’un homme. Lors de mon adolescence, j’étais terrifié quand ces besoins et ces désirs s’assouvissaient par la sexualité. Ma honte se rattachait donc à deux aspects fondamentaux de ma personnalité : mon appartenance ethnique et mon genre. J’acquérais la conviction que je n’étais pas digne d’amour, que j’étais méprisable et que mon cas était désespéré.

En entrant dans la vie adulte, l’existence que je commençais à bâtir se basait sur mes perceptions tordues de qui j’étais et de comment les autres me voyaient. J’ai mené à bien mes études et j’ai connu la réussite financière et sociale. On m’a donné bien des accolades et j’ai reçu bien des applaudissements et cependant, je vivais toujours avec l’impression tenace que j’allais être « découvert. » Plusieurs fois par jour, au cœur de situations variées, une voix accusatrice me répétait que je n’étais pas à la hauteur. Que je ne serais jamais aimé et qu’on finirait par me rejeter vraiment. L’éducation familiale, la pratique religieuse et l’environnement culturel avaient fait leur œuvre : J’étais prisonnier d’une honte malsaine.

L’expérience de ce type de honte concerne non seulement qui nous SOMMES, et pas seulement ce que nous disons ou FAISONS. Cette honte nous amène à ressentir que c’est notre être entier qui est indigne. Quand nous éprouvons de la honte, nous nous sentons inadéquats et inférieurs. Certains d’entre nous croient que les autres nous considèrent avec dégoût et d’autres se sentent sales et souillés intérieurement. D’autres sont incapables de recevoir l’acceptation dans la plupart des circonstances. Ils ont de la peine à se réjouir de quoique ce soit dans l’instant présent par peur d’être pris pour des imposteurs. Pour la plupart d’entre nous, nos vies sont marquées par ce sentiment que si les autres découvrent qui nous sommes vraiment, ils nous rejetteront. La conséquence sera, pour beaucoup, comme cela l’a été pour moi, le souci de présenter un faux moi que les autres vont apprécier et admirer.

Lorsque mon parcours de guérison a commencé, j’ai travaillé dur à faire en sorte que Dieu m’aime. Je m’assurais de faire tout ce que mes conseillers et ceux qui priaient pour moi me demandaient. Il fallait que j’y arrive. Une chute ou un échec me submergeait de honte et de haine envers moi-même. Je voulais tellement bien faire les choses ! Un jour, j’ai reçu une clé en relisant l’histoire de Zachée en Luc 19.1-10.

J’ai toujours ressenti une étrange affinité avec Zachée. Les Évangiles fournissent que très rarement la description physique de leurs personnages mais dans cette histoire, il est précisé que Zachée était un homme de petite taille. Je ressens une profonde empathie à l’égard de cet homme en m’imaginant la honte qu’il devait ressentir et les moqueries qu’il a dû subir pendant la majeure partie de sa vie.

Il était aussi collecteur d’impôts et donc un des représentants les plus détestés du système romain. Je m’imagine très bien Zachée s’armant d’une fausse bravoure masculine et de combativité bureaucratique avant d’aller chaque jour au travail. C’était un homme riche, en position de grande autorité, mais les gens autour de lui, le considéraient comme un traître dur et impitoyable. Son entourage manifestait son dégoût à son égard en le traitant de « pécheur. » Je suspecte qu’intérieurement, il avait désespérément besoin d’amour et d’acceptation.

Zachée apprit que Jésus passait dans le coin et qu’Il voulait le voir. Mais au milieu de la foule, sa petite taille l’en empêchait. Zachée voulait tellement voir Jésus qu’il prend le risque de se couvrir de honte et de ridicule en grimpant sur un arbre. L’idée même de voir qu’un homme respectable d’un certain âge soulève son vêtement pour monter sur cet arbre est presque comique ! Jésus passant par-là, s’arrête exactement au pied de l’arbre où Zachée est perché et l’appelle par son nom : « Zachée, descends immédiatement. Je dois demeurer dans ta maison aujourd’hui. »

Essayez d’imaginer ce que Zachée, alors, a pu penser : son grand désir de voir Jésus se réalise enfin. Peut-être avait-il espéré qu’un seul regard sur Jésus aurait tout changé pour lui. Le voilà, l’appelant par son nom et lui ordonnant de descendre. Il se peut que Zachée ait eu un moment d’hésitation, espérant que Jésus continue sa route… en descendant de son arbre, tout le monde le verraient. Les gens probablement riraient et se moqueraient de lui.

C’est face à cette prise de décision que nous nous trouvons tous en venant à Jésus avec notre honte. Reconnaître notre honte et la haine de soi-même nous exposent comme jamais auparavant. Beaucoup d’entre nous nous attendons à une plus grande liberté lorsque nous révélons notre honte, mais une fois exposés ainsi, nous ressentons davantage de honte. Zachée descend alors de son arbre et obéit à Jésus. Au beau milieu de la honte et des railleries, il saisit l’occasion que Jésus lui offre. C’est l’appel qui est adressé à tous ceux qui sont embourbés dans la honte.

Cette rencontre avec Jésus expose également une honte légitimée de Zachée : il avait escroqué ses administrés pendant des années. Zachée se repent et affirme son intention de réparer le mal qu’il a commis. La présence de Jésus a brisé le pouvoir de la honte qui était sur lui.

Alors que nous acceptons de descendre de l’arbre en réponse à l’appel de Jésus, je sais que pour beaucoup, la peur d’être mis à nu semble insurmontable. J’ai moi-même lutté avec cette peur. A cours des années de guérison, j’ai acquis la conviction que Jésus est suffisant pour ma honte. En répondant à sa voix qui m’appelait et me disait : « Descends de ta cachette, je veux habiter chez toi », j’ai expérimenté son amour et j’ai reçu les encouragements, la correction et l’acceptation.

Je me rappelle clairement une situation similaire. J’avais été invité à m’adresser à un groupe de jeunes chrétiens sur le thème général : Le projet de Dieu pour la sexualité. Malgré le fait que je me sentais un peu mal à l’aise pour parler à des jeunes, de cette tranche d’âge, je m’étais bien préparé et je me sentais prêt. Craignant l’incompréhension et le jugement, j’avais décidé de ne pas utiliser d’exemples personnels ou de raconter ma vie. Cependant, tout en me présentant, un responsable de jeunes aux intentions louables commençait à évoquer des aspects de ma propre histoire, notamment le fait que je sois sorti de l’homosexualité et des dépendances sexuelles. Il donnait des précisions sur ce parcours en termes croustillants, au beau milieu des sifflets et des ricanements du public.

Intérieurement, j’avais commencé une descente dans les tourments de la honte et du rejet que je connaissais si bien. Alors que ma confiance avait commencé à s’évaporer, j’étais tenté de quitter l’auditoire. J’ai alors entendu Dieu me parler de façon presque audible. Il commençait à me dire combien il m’aimait, que j’étais véritablement Son fils et qu’en parlant ce soir-là, je me levais en Son nom en le représentant. J’ai eu de la peine à monter sur l’estrade, mais je venais d’apprendre à connaître Dieu d’une façon toute nouvelle. Ma honte avait disparu et je savais plus profondément que j’appartenais au Père. Mon identité masculine se levait. Je pouvais parler parce qu’Il me connaissait.

En lieu et place de la honte, Dieu restaure la vie. Il se tient avec nous au milieu de nos sentiments ; de doute de nous-mêmes, de culpabilité, d’indignité et de peur d’être mis à nu. Pour Zachée, la promesse de Jésus n’était pas de le rendre plus grand ou de faire en sorte que les gens l’aiment. Jésus désirait simplement entrer dans sa maison. Ainsi, Jésus demande s’il peut entrer dans ces lieux de honte et y demeurer avec nous afin de nous guérir.